Les musées « Made in France 2.0 »

Les musées français n’ont pas à rougir à côté des anglosaxons. À l’ère du numérique, ils leur arrivent largement à la cheville. Grands et petits musées s’arment progressivement des nouvelles technologies. Et à entendre les décideurs dans le domaine, ce tournant est naturel, voire même inévitable.

Des jeunes, des moins jeunes, par centaines, casques vissés sur la tête. Chacun tient dans sa main une Nintendo 3DS. Non, non, il ne s’agit pas du salon du jeu vidéo E3 organisé à Los Angeles. La scène a lieu…au musée du Louvre. Improbable. Les audio-guides ? Au placard ! Ils ont été remplacés sans scrupules, par celles qui ont succédé à nos bonnes vieilles GameBoy Color.

Début avril, le plus grand musée du monde a signé un partenariat avec le constructeur japonais. À la clé, pas moins de 5 000 consoles. Des joujous qui permettent d’en voir beaucoup : accès à des images et animations en 3D, plan interactif avec géolocalisation, commentaires d’oeuvres… De quoi réjouir les plus de 8 millions de visiteurs annuels qui s’aventurent sous la célèbre pyramide de verre.

Pour Stephan Bole, directeur général à Nintendo France, cet accord « est la rencontre entre l’univers du patrimoine culturel et celui du divertissement interactif ». Cette rencontre fortuite n’est pas le seul fait du musée parisien. Elle est une tendance qui se vérifie un peu partout en France. Certains musées vont même beaucoup plus loin que l’utilisation de (modestes ?) Nintendos.

Une Abbaye à la pointe du numérique

Prenez l’Abbaye de Fontevraud, dans le Maine-et-Loire, par exemple. À première vue, elle ne paye pas de mine. Personne ne pourrait se douter que l’édifice religieux est à la pointe du numérique. Pourtant, durant deux ans, elle s’est livrée à une expérience hors du commun. Pour décrire l’ « expérience Fontevraud », l’Abbaye a fait usage du triple i : inédit, immersif et interactif. Le monument s’est muni d’une table numérique dite multitouch. Un outil impressionnant, mais dont l’usage a été de courte durée. « C’était expérimental seulement. Les utilisateurs ont pu la manipuler durant deux ans [2010-2012] », affirme David Martin, directeur général délégué de l’Abbaye.

Qui dit expérience, dit étude de sujets. Les résultats sont concluants. La table a fait office d’atout interactif majeur dans la transmission du message aux visiteurs. « L’idée était de restituer le passé carcéral du monument, précise David Martin. La table a permis de s’adresser à des publics différents qui ne se seraient pas forcément intéressé au sujet ». Pari réussi, et mieux encore. La table peut accueillir jusqu’à 6 paires de doigt simultanément. Résultat, « l’outil a permis de partager un savoir à plusieurs ». Et le directeur général d’ajouter que les tablettes numériques « classiques » offrent d’abord une découverte individuelle.

Un iPad pour visiter Angers

L’office du tourisme d’Angers pourrait contrecarrer ce sentiment. L’été dernier, elle a proposé une offre des plus originales, à l’échelle de la ville entière : découvrir Angers en iPad, gratuitement. Qu’importe si l’office ne propose qu’un seul exemplaire de tablette Apple : les mordus de la pomme peuvent directement télécharger l’application depuis leur propre appareil. Une fois « Géoquestour » à portée de doigt, en route pour une déambulation numérisée dans les rues d’Angers. Au programme, le château de la ville [ce dernier utilise également l’iPad pour décrypter la célèbre tapisserie de l’Apocalypse], le jardin des plantes, la cathédrale… À chaque étape, une énigme. « Le parcours fonctionne avec la géolocalisation, complète Olivier Bouchereau, directeur marketing à l’office du tourisme. La question se déclenche en fonction d’où l’utilisateur marche ».

Et là, le succès de ce genre d’activité s’explique, pour lui, par « la volonté des touristes d’être en autonomie lors de la visite ». Des touristes aux tendances émancipatrices ? Ce constat n’effraye pas Olivier Bouchereau : « Je pense qu’il peut y avoir une complémentarité entre les outils numériques et les moyens de communication traditionnels, tels que les guides dans les musées par exemple ».

Cliquez pour voir la vidéo de l’Expérience Fontevraud

Une révolution attendue

En tout cas, tous s’accordent à dire que ce tournant numérique dans la culture est naturel. « Dans un sens, cette déferlante numérique est évitable, témoigne David Marin, mais il faut être honnête : elle ouvre le champ de tous les possibles ». Les musées français ne proposant pas d’interactions numériques font se faire rares. Un constat qui résulte d’une demande de plus en plus grande. À Angers et partout ailleurs, on fait maintenant référence aux « mobinautes », ou détenteurs de smartphones. La multiplication des appareils permettent d’entrer dans de nouvelles dimensions visuelles.

Et ce n’est sans doute que le début. À Lille, le musée d’histoire naturelle s’est munie d’une table tactile également. À Fontevraud, la multitouch a donné des idées : pour 2013, une bibliothèque virtuelle sera proposée.

Samuel Hauraix

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