Philadelphie : l’Histoire intègre la vie quotidienne.

La réalité augmentée appliquée au champ culturel permet de toucher un nouveau public

Comment rendre des centaines de souvenirs urbains accessibles au grand public ? C’est la question que le département des archives de la ville de Philadelphie s’est posée au début des années 2000, face à la faible fréquentation de ses locaux par le grand public. La ville de la côte est américaine a cherché un moyen de rendre accessible ses données publiques sur l’évolution du bâti en ville et sur les événements qui ont eu lieu dans ses différents quartiers. Destinées à une utilisation dans le domaine de la gestion de la ville, ces données sont apparues essentielles pour communiquer sur la riche histoire de la ville de Philadelphie. Stockées dans le département des archives municipales, les photographies récoltées pendant plusieurs années étaient difficilement accessibles au grand public. Consultation durant les heures d’ouverture de la mairie, requêtes à formuler pour accéder à certains documents, recherche à travers un index des plus “copieux”… Toutes ces contraintes incitait peu à la découverte du passé de la ville (seule une centaine de personnes consultaient les archives chaque année).

Au début des années 2000, la ville de Philadelphie a donc fait le choix de numériser le contenu de ses archives, qui furent mises à disposition du grand public sur internet. Cela prit trois ans aux différentes institutions pour classer et publier les photographies et cartes de la ville, ainsi que leurs métadonnées. Aujourd’hui, la base de données disponible à l’adresse PhillyHistory.org regroupe plus de 93.000 images.

L’ajout d’une dimension interactive a incité les internautes à naviguer sur le site pour découvrir l’histoire de ces lieux qu’ils fréquentaient quotidiennement. Lorsque l’on passe la souris sur une carte de la ville, les photographies anciennes des lieux sélectionnés apparaissent à l’écran. Une méthode de recherche bien plus efficace et ludique que celle qui consiste à rechercher année après année la moindre occurrence de tel ou tel lieu. La carte interactive a remplacé les placards d’archives, et rend ainsi accessible aux citoyens une masse d’informations considérable qu’ils ne seraient sans doute pas allés chercher d’eux-mêmes, tant la consultation d’archives est fastidieuse. Les cartes interactives furent également mises à disposition de l’internaute via Google Maps et Google Street View. Les internautes peuvent également conserver les résultats qui les intéressent sur une carte personnalisée.

Sortir l’histoire des tiroirs

Le département des archives (DOR) de Philadelphie souhaitait toutefois optimiser cet dimension géographique de la recherche en ligne. Le choix d’une application mobile s’est donc imposé et en 2007, la version mobile du site internet vit le jour, version rendue compatible en 2009 avec les smartphones (Iphone et Android). La géolocalisation permettait à l’utilisateur de trouver des informations sur le lieu dans lequel il se trouvait. Ce n’est donc plus lui qui allait à la recherche de l’information, mais l’information qui venait à lui. La version mobile du site d’archives a ainsi permis de toucher un nouveau public et de contextualiser l’information. Les habitants de Philadelphie et les touristes intégraient ainsi ces données à leur vie quotidienne, il ne s’agissait plus d’une démarche isolée.

Promenade entre passé et présent

Afin de rendre l’immersion dans ces mémoires urbaines totale, la technologie de réalité augmentée fut intégrée à l’application mobile. Disponible sur les plateformes Android et Apple Iphone, l’application reprend le principe de Google Street View. Les photos, géolocalisées, ont été coordonnées avec les paysages actuels de la ville pour s’afficher lorsque l’utilisateur pointe son appareil mobile sur un lieu donné. Ainsi, le bâti contemporain et l’ancien paysage urbain se superposent directement sur l’écran du téléphone. L’équipe de chercheurs en charge du projet a dû faire face à plusieurs obstacles, notamment en ce qui concerne la vitesse à laquelle l’application pouvait reconnaître le lieu sélectionné, ainsi que le confort de lecture : les textes additionnels et les photos superposées devaient être clairement lisibles sur un support mobile, tout en conservant une bonne résolution d’image.

Pour la ville de Philadelphie, ce type d’application permet d’atteindre de nouveaux publics, notamment les jeunes, friands de technologie et souvent exigeants en ce qui concerne la consommation de biens culturels. Ces derniers doivent en effet être attractifs et interactifs pour générer de la curiosité et amener le public à partager les connaissances qu’ils ont acquises. Si le projet est encore à l’état de prototype, il suscite déjà l’intérêt du grand public. La réalité augmentée est encore un concept flou pour beaucoup d’utilisateurs de smartphones, mais est amenée à se généraliser d’ici deux ou trois ans. Un nouveau défi pour les institutions culturelles, dont plusieurs d’entre elles, comme la ville de Philadelphie, anticipent déjà les changements à venir.

Le site internet du département des archives de Philadelphie

Mathilde Colas

Source : http://www.museumsandtheweb.com/mw2011/papers/implementing_mobile_augmented_reality_applicat

D’autres exemples de réalité augmentée appliquée aux institutions culturelles :

The Powerhouse Museum in Sydney, Australia 

London Street Museum

L’institut d’architecture des Pays-Bas

Le musée Andy Warhol 

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