« Nantes 1900 » : voyage dans l’histoire avec les nouvelles technologies

Jean-Louis Kerouanton, historien des sciences et des techniques à l'université de Nantes

Jean-Louis Kerouanton, historien des sciences et des techniques à l’université de Nantes

En 2014, le Château des Ducs de Bretagne proposera une reconstitution du port de Nantes sous forme d’un plan relief interactif.

A l’origine du projet, Jean-Louis Kerouanton, historien des Sciences et des Techniques, spécialiste du patrimoine portuaire, nous éclaire sur les dispositifs de médiation innovants au musée.

 

  • Dans quel projet de médiation culturelle êtes-vous impliqué au Château des Ducs de Bretagne ?

Ce projet s’appelle  « Nantes 1900 ». C’est la modélisation de la maquette du port de Nantes en 1900. La période de 1900 est un moment historique charnière. L’idée est née en 1999, avec Bertrand Guillet, aujourd’hui directeur du musée.

Pour cette maquette, nous avons procédé à une sorte de réalité augmentée. Il s’agit d’une valorisation muséale. Ce qu’on a développé d’intéressant, c’est la notion de mise en réseaux. Quand on pointe sur un objet, on n’a pas seulement une information sur celui-ci, mais des renvois vers d’autres objets en lien sur la maquette. On va à la fois circuler dans l’histoire, mais aussi dans la ville représentée.

Dans ce projet, nous souhaitons une navigation interactive réelle, avec un apport de connaissances. Cela passera par une interface web, sur laquelle historiens et utilisateurs lambda pourront apporter des données, une sorte de Wikipédia avec de la modération.

  • Comment se déroule la mise en place de ce projet ?

Au centre François Viète, un laboratoire de sciences humaines implanté à la faculté de sciences, nous travaillons autour des TIC (Technologies d’Information et de Communication), de la numérisation, de la modélisation pour la reconstruction de l’histoire. Après concertation avec le Château, la problématique était la suivante : eux avaient une maquette, moi j’avais envie de bosser dessus, de la valoriser. C’est un projet de Recherche & Développement. Il y avait à la fois une problématique historique, et un regard scientifique, car un musée d’Histoire est aussi un musée des Sciences.

Cela fait cinq ans que nous sommes sur ce projet. Ce fut un luxe d’avoir autant de temps, car du point de vue de la maturation intellectuelle, conceptuelle et technique du projet, nous en avions besoin. Nous avons travaillé en interdisciplinarité, avec des historiens, des ingénieurs-mécaniciens, des informaticiens, des électroniciens, et des étudiants nantais en histoire, de Polytech et de Centrale. Cette expérience est une très grande réussite à mes yeux.

  • Comment considérez-vous les dispositifs de médiation dits innovants ou attractifs ?

La question de l’attractivité, pour moi, est un piège. Un musée peut se suffire à lui-même, sans augmentation. Il est nécessaire de prendre en compte le lectorat. Il ne faut pas penser que le public est autonome par rapport à une information qui va lui être donnée. On n’arrive pas dans un musée comme ça, cela dépend des appétences, des habitudes familiales, ou pas. La réponse ne peut pas être homogène et univoque. Toute la complexité de la médiation c’est ça : à qui je m’adresse, quelle cible, est-ce que la notion de cible est pertinente.

De plus, il faut se méfier du multimédia. Le matériel vieillit vite, les dispositifs deviennent vite obsolescents. Du coup, le public est parfois déçu de l’objet, car il ne comporte pas l’interactivité souhaitée. On ne crée pas des dispositifs multimédia juste pour l’aspect technologique. L’enjeu est de savoir faire évoluer la base de données, sans qu’elle soit prisonnière de la technique.

En fait, l’innovation peut être considérée d’un point de vue économique et sociologique. C’est quelque chose qui est neuf, diffusé et approprié. L’innovation doit contribuer à l’appropriation sociale dans son ensemble.

  • Y-a-t-il des retours positifs auprès du public ?

Je suis persuadé que ce projet apportera de la valeur ajoutée au musée. Nous avons déjà remarqué un certain intérêt pour le prototype que l’on a montré au public. Il s’agit d’une maquette de 2 m2 réalisée par un sculpteur, qui représente le quartier Saint-Similien, à Nantes. Même s’il n’est pas spectaculaire, les différentes fonctionnalités sont intéressantes.

  • Le musée d’histoire de la ville de Nantes est-il en position de leader dans ce créneau de l’innovation ?

Le musée d’histoire de la ville a rouvert il y a environ cinq ou six ans, avec une option multimédia assez importante. La direction a eu l’intelligence de recruter un chargé multimédia compétent, vraiment impliqué dans la recherche et le développement. Par exemple, le musée d’Histoire de Marseille va rouvrir d’ici l’automne 2013, ses représentants sont venus à Nantes il y a deux ans pour s’inspirer de ce qui se fait au Château. Nous avons la prétention, même si je n’aime pas dire ça, d’être les meilleurs et en avance sur les autres dans le domaine du multimédia.

Ce qui est intéressant au musée d’Histoire de Nantes, c’est qu’on se préoccupe de l’habillage technologique, tout en menant une réflexion sur le fond : à quoi ça sert, comment on va s’en servir, quel type de public ça va viser.

Aline Barrault, Anne-Sophie Blot, Roxane Elric, Marine Thoron

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