Fablab et hackerspace, les écoles du numérique?

Politique, militant, bidouilleurs, ils n’ont que ça dans la tête. Qu’est qu’un fablab? Qu’est-ce qu’un hackerspace? Quels sont leurs enjeux? Début de réponse…

Mitch Altman, véritable chef de file des Fablab en plein travail d’initiation aux technologies « open source »

image : aliekens sur flickr

Décembre 2012: Fleur Pellerin, ministre chargée des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Innovation et de l’Économie Numérique, tweet :

« Oui, nous voulons des #fablab partout en France. Et pas d’inquiétude, @nodesig, le design aura une place de choix ;) »

Ok mais de quoi on parle quand on dit “Fablab” ? On est donc allé voir Thomas Bernardi, chef de projet au sein de l’association Nantaise Ping pour nous éclairer.

«  Ce sont des ateliers de bricolages et aussi des espaces conviviaux dans laquelle on peut se rencontrer et échanger »

Essayons de pousser cette définition un peu plus loin. Le terme Fablab est la contraction de FABrication et LABoratory (autrement dit  « laboratoire de fabrication”). Le mot est né au sein de la prestigieuse MIT (Massachussetts Institute of Technology). Concrètement, c’est un espace  au sein duquel un grand nombre d’outils numériques sont mis à disposition du public et cela afin de favoriser l’innovation et la création numérique. Du simple novice en la matière au plus confirmé, tout le monde est appelé à y participer, collaborations, interactions et échanges de connaissances étant les piliers de ces lieux de rencontre. Si l’on ne devait citer qu’une seule création issue de ces laboratoires expérimentaux, il s’agirait de l’imprimante 3D, “le plus fort potentiel séducteur des fablab” selon Thomas. Bien entendu, il en existe bien d’autres et l’aspect artistique de ces ateliers est également important.

La fameuse imprimante 3D en plein action

image : Medialab_prado sur Flickr

Berenger Recoules, artiste nantais spécialisé dans la création sonore, fréquente régulièrement des fablab. Dans le projet CCPP présenté à l’école d’architecture de Belleville, au ministère de la culture ainsi qu’aux Beaux-Arts de Paris, il a entre autre utilisé le logiciel Pur Data pour faire le design sonore. Pure Data est un logiciel dit open source (tout le monde peut accéder au code du programme, le modifier et distribuer sa propre version) qui s’inscrit explicitement dans la même optique de partage et d’échange que les Fablab. Sur le forum du site de Pure Data, les internautes s’échangent leurs créations et leurs modifications et de manière plus générale leurs connaissances du logiciel. L’illustration parfaite de ce que peut produire un Fablab : une création collaborative avec une utilisation tout aussi collaborative.

Bérenger a justement eu l’occasion de rencontrer Thomas dans le cadre de ses travaux sur le logiciel Processing (logiciel de programmation graphique). L’artiste débutait avec cet outil et avait des interrogations sur ses usages. Il est donc allé chez Ping, LE Fablab nantais: “Je vois plus Ping comme un outil qui permet de faire de la prospective. C’est-à-dire que moi j’avais des envies au niveau créatif que je ne savais pas réaliser » avoue-t-il. L’aide de Thomas Bernardi lui a alors permis de réaliser entre autres Spring, une application mobile où l’utilisateur compose de la musique en temps réel via des cercles qu’il doit bouger avec ses doigts.

Vous l’aurez compris, les Fablab sont l’endroit idéal pour acquérir de nouveaux savoirs, ou simplement pour aller partager ce que l’on a déjà appris. La notion de “passeur” d’informations et de connaissances est au premier plan, et c’est ce qui les distingue des hackerspace. Bérenger Recoules nous en parle plus en détail.

 

“Aux Fablab, les gens ne viennent pas forcément avec des projets qu’ils veulent porter, ils viennent en découverte. Dans un hackerspace, on vient avec une volonté de faire des choses. Le fablab, on a peut peut-être un projet mais on va plus prendre des pistes. Le hackerspace, on va en discuter, on va l’affiner et peu à peu on va aller plus vers la création et la réalisation”

 

Ainsi, le Fablab serait plus dans l’initiation, et le hackerspace dans l’échange et la création? Oui….et non. Le terme Fablab est un terme labellisé, il répond à des critères précis (pour les voir plus en détail rendez vous sur le site officiel: ici) mais peu souvent respecté dans sa globalité. Selon Berenger Recoules :

“Le Fablab est généralement porté par une association qui touche une subvention pour faire ces choses-là, l’initiation aux nouvelles technologies. Le hackerspace c’est un truc qui se monte de lui-même, il n’y a pas de financement, les gens viennent donner du temps”

 

Il fait ici référence à Naohack, hackerspace nantais qui n’a pas d’existence légale stricto sensu, mais peut-être est-ce le prix d’une réelle indépendance ? Au-delà des questions d’éthique et de ce qui finalement relève du politique, le plus important se situe dans une volonté partagée par tous d’accompagner les gens vers le numérique, comme peut conclure Thomas Bernardi:

 

“C’est bien d’expliquer aux gens qu’on est dans un environnement de plus en plus numérique et qu’il est bon de se questionner sur comment sont fabriqué ces outils et comment ils fonctionnent. Par le biais du Fablab, on a la possibilité de bricoler, de fabriquer des objets et de les réparer. C’est donc une possibilité pour eux d’accéder ça et de manière ludique, parce que c’est plus sympathique. »

 

Si on résume, le Fablab est une chance pour le quidam d’apprendre, de rencontrer des individus partageant les mêmes intérêts pour le numérique et ses enjeux. Le tout en se rattachant à un courant philosophique  Do It Yourself  et un partage de la connaissance pour tous. Comme si on ouvrait le capot de sa voiture (au sens propre comme au figuré)  pour comprendre comment ça marche. Le Fablab est justement un lieux d’initiation à l’ouverture de ce capot numérique.

Hadrien Bibard et Guillaume Chasse

Toutes les photos sont sous licence Creative Commons, pour plus d’information voir les informations sur les liens.

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