La médiation culturelle, séduire pour instruire

Les médiateurs cherchent à séduire un public toujours plus large en offrant une diversification de leurs moyens de communication avec les visiteurs. Les nouvelles technologies viennent appuyer les méthodes traditionnelles afin d’apporter une interactivité censée favoriser l’échange.

Le petit cartel accroché en dessous d’un tableau demeure un élément incontournable dans les galeries des musées. Cependant, les médiateurs cherchent sans cesse à faire évoluer les pratiques afin d’apporter un regain d’intérêt pour le public. L’information froide du cartel contraste avec la richesse proposée par les outils numériques. D’abord expérimentés par les musées scientifiques, ces médiations tendent à s’étendre vers les autres domaines.

Sophie, étudiante nantaise de 22 ans se souvient d’une innovation en la matière. Le Muséum d’Histoire Naturelle de Paris avait réalisé un parcours pour les enfants afin de les initier à la question du contrôle des naissances et des conséquences sur les ressources disponibles. « Je me souviens que j’avais eu 12 enfants dans cette simulation. Mais le plus fort c’est que l’ordinateur calculait l’évolution de la population mondiale sur le temps de la visite ». L’innovation offre l’occasion de transformer le rapport que peut entretenir le visiteur avec le lieu culturel en faisant évoluer sa pratique. Le lien se trouve renforcé, le lieu perd de son austérité et devient plus attractif. « Un dépliant c’est vite inintéressant et beaucoup trop formel, se plaint-elle. J’ai avant tout envie de prendre du plaisir quand je vais dans un lieu culturel ». Elle cite volontiers le Futuroscope de Poitiers qui allie enseignement et amusement dans une forme d’edutainment accessible au plus grand nombre.

Le souci avec les œuvres culturelles selon Camille, 30 ans, c’est leur accessibilité. « Plus l’œuvre est audacieuse, moins le visiteur peut avoir les clés. J’ai trop souvent l’impression que l’art moderne se réserve à une élite » nous avoue-t-elle. La médiation numérique offre ainsi l’occasion de diversifier les approches en complétant les formes traditionnelles. Le visiteur peut ainsi choisir en fonction de sa relation à l’œuvre. « Ce que j’aime, c’est quand je découvre des lieux grâce à mon téléphone. Pendant des vacances j’avais téléchargé une application qui m’indiquait les lieux importants culturellement à mesure que je m’en approchais. C’est dommage que ce ne soit pas généralisé ». Le numérique ouvre de nombreuses perspectives qui attisent la curiosité et les espoirs du public, car il offre l’occasion d’aller à son rythme et de ne pas suivre un guide qui suit son parcours. Beaucoup semblent attendre des nouvelles médiations une interactivité avec leur environnement complet et non seulement les lieux dits culturels.

Les supports de médiations ne cessent de progresser et de s’affiner avec le temps, s’adaptant à l’évolution des nouvelles technologies. Leur ingéniosité nous pousse à nous demander si dans un avenir proche, elles ne seront pas amenées à dépasser leur utilité première. A une époque où le numérique envahit tous les niveaux de notre société et que nous découvrons toujours plus d’artistes dits numériques (Char Davies, David Hockney), il nous revient de poser des limites pour l’avenir. Ne sommes nous pas à un tournant de la médiation ? Avec l’essor de ces nouvelles formes, toujours plus perfectionnées, ne pourraient-elles pas à terme devenir à leur tour des formes d’art ?

Carlhéric Derré et Pauline de Grandpré

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