« Le réel est avant tout notre héritage »

La question de la médiation est une donnée essentielle dans le lien entre les lieux culturels et les visiteurs. Pourtant, ceux-ci ne se sentent pas toujours en phase avec les projets développés. Marc, 26 ans, étudiant en Histoire nous livre son ressenti sur ce thème.

 

  • Comment qualifierais-tu ta consommation culturelle ?

On peut dire que je suis un fan. J’ai été initié au collège, j’attendais les sorties aux musées avec hâte. Avec les années, j’ai continué à aller régulièrement aux différents événements culturels, je n’ai pas de préférence particulière, je consomme un peu de tout si je peux le formuler ainsi.

  • Qu’aimes tu dans un musée ?

J’aime être au contact des œuvres, je trouve qu’il est important de créer un lien avec l’artiste. L’art c’est la pluralité des formes. Chacun peut y trouver ce qui lui plaît. Le musée est un lieu magique : le visiteur devient acteur car sans lui l’œuvre n’est rien.

  • Aimes tu être accompagné dans ta visite afin d’approfondir ton expérience ?

J’aime bien mais je ne trouve pas ça forcément essentiel. Je pense que l’œuvre d’art doit amener à un débat. Avec un médiateur culturel j’ai l’impression qu’on m’impose un avis, une seule vision des choses.

  • Tu doutes de l’utilité du médiateur ?

J’aime faire ma propre visite même si je ne connais pas l’exposition. Je veux me faire ma propre idée, découvrir la volonté de l’artiste par moi-même. Bien sur qu’un médiateur est un élément important, mais je pense que sa médiation doit être suffisamment discrète pour laisser au spectateur le loisir de rencontrer l’artiste au travers de son œuvre.

  • Quelle forme de médiation te convient le mieux alors ?

Je suis assez traditionnel je pense. J’aime bien quand des cartels sont disposés autour des œuvres pour expliquer le contexte ou la vie de l’artiste.

  • Penses tu que les nouvelles technologies peuvent être un moteur pour rapprocher le public de l’art ?

Certainement ! Quand je me promène dans un musée si je veux des détails sur un artiste par exemple, il me suffit de sortir mon smartphone et de chercher des réponses sur Internet. Je pense que plus on rendra l’art attractif plus le public viendra à sa rencontre. Les jeunes sont ultra connectés aujourd’hui par exemple, si on veut leur parler il faut aller dans ce sens. Le seul soucis c’est de faire attention à ne pas dévaluer l’œuvre au profit de la médiation.

  • L’œuvre doit rester au cœur de la visite c’est ça ?

Tout à fait. Certains musées se laissent aller à investir des fortunes dans des écrans, des espaces totalement interactifs, mais finalement l’œuvre exposée perd de son charme. Il faut que la médiation serve à comprendre, pas à remplacer l’objet.

  • Connais-tu le principe de reproduire en 3D des vestiges patrimoniaux ?

Oui c’est justement tout le paradoxe devant lequel se trouve la médiation. Que vient-on regarder et admirer ? Les vieilles pierres qui ont une histoire ou bien une simple vue numérique ? Bien sur que les perspectives qu’offre cette technologie sont fantastiques, mais selon moi il faut faire attention à ne pas occulter le réel qui est avant tout notre héritage et notre patrimoine.

  • Finalement, oui à la médiation, mais en faisant attention à laisser le spectateur libre ?

Oui c’est exactement ça. Le spectateur doit se construire lui-même pour appréhender l’art. Le médiateur est juste là pour l’accompagner.

Carlhéric Derré et Pauline de Grandpré

 

 

 

 

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