L’edutainment, un idéal rejeté par les musées français ?

De plus en plus, nous entendons parler, dans le monde culturel, de l’edutainment. Mais pourquoi ce terme nous est malgré tout inconnu ? Qu’est-ce-que c’est réellement ? C’est tout simplement le fait d’apprendre tout en s’amusant. Nos musées, en France ont l’air de rejeter cette nouvelle mode, alors qu’outre-Manche, il est extrêmement présent. Les musées français sont très attachés à cette culture statique, où l’on regarde l’œuvre sans réellement interagir avec. Pourquoi ? N’est-ce pas la faille qui fait fuir tant de visiteurs quand d’autres musées, à l’étranger, en attirent de plus en plus, devenant même une activité touristique ?

L’edu.. quoi ?

En France, nous sommes très attachés aux musées dits conservatoires, le mot parle pour lui-même : le visiteur se retrouve face à une accumulation d’œuvres dans une succession de vitrines bien souvent poussiéreuses. Un endroit vieillot, où l’on ose à peine parler, tout le monde y est déjà allé, sans vraiment s’y amuser, juste pour observer, et surtout, sans gêner la contemplation des autres visiteurs. Certains conservateurs s’aperçoivent bien de ce problème : en France, on considère que l’œuvre d’art se suffit à elle même mais il faut sortir de ce mode de contemplation.D’autres pensent que le visiteur peut vraiment se contenter uniquement de petits cartels explicatifs. Sympa la sortie en famille.

Vitrines au muséum d'histoire naturelle de Nantes

Vitrines au muséum d’histoire naturelle de Nantes

A contrario, on trouve des musées exploratoires, musées dans lesquels le visiteur ne restera pas simplement figé devant l’œuvre, il va plutôt vivre une expérience. Mieux, non ? Dans ce type de musée, on trouvera des ateliers, des enquêtes, et par conséquent, en s’impliquant, le visiteur prendra plus de plaisir … et en apprendra d’avantage ! Le principe est simple : on va vulgariser la science, de manière à la rendre accessible. A savoir que vulgariser n’est pas péjoratif en ce sens, au contraire ! Elle permet de rendre accessible quelque chose qui à la base peut paraître totalement abstrait, sans pour autant la rendre fausse ou superficielle. De cette manière, l’information transmise sera mieux intégrée par le public, elle le marquera. C’est ça, l’edutainment.

Cette pratique existe depuis très longtemps en Amérique et en Grande-Bretagne, en Europe, c’est beaucoup plus récent, et par conséquent, nous fuyons de plus en plus les musées. Pour preuve, le ministère de la Culture et de la Communication a évalué la fréquentation des musées entre 1973 et 2008, il observe bel et bien une baisse de fréquentation ces dernières années. Pourquoi ? Lassitude du public ? Marre de œuvres statiques ? Ras-le-bol de ce milieu austère qu’est le musée ? Pendant ce temps, la fréquentation des musées anglais est en pleine augmentation. Certes, les musées londoniens sont gratuits me direz-vous, mais pour autant, qui ira dans un musée simplement parce qu’il est gratuit ? N’y a -t-il pas autre chose ? L’edutainment par exemple …

Entrée dans la galerie du centre de la Terre au muséum d'histoire naturelle de Londres

Entrée dans la galerie du centre de la Terre au muséum d’histoire naturelle de Londres

C’est quoi le mieux ?

Simplement, comparons un musée français avec un musée anglais, le Muséum d’histoire naturelle de Nantes, et celui de Londres. Le choix du muséum d’histoire naturelle de Nantes n’est pas choisi au hasard, pas uniquement pour dénigrer un petit musée de province. Non, ce musée est considéré comme ayant un patrimoine scientifique des plus importants de France, le plaçant parmi les premiers, en ce qui concerne le nombre de spécimens et couvre visiblement tous les domaines de l’histoire naturelle. Cependant, il garde l’aspect d’un musée très français : des vitrines, des animaux empaillés, une expo temporaire par ci, une autre par là, et on en a fait le tour. Est-ce un réel choix des musées français de le faire de la sorte ? Les conservateur sont bien trop attachés à l’idée de contemplation pour aller voir ailleurs !

Le muséum d’histoire naturelle de Londres est quant à lui beaucoup plus complet, sans même parler de la taille, simplement au niveau des animations. Certes, il y a aussi des vitrines, qu’on contemple. Mais au delà de cela, sans tomber dans le ridicule, le muséum a réussi à mener un public, de 7 à 77 ans, dans une salle de reconstitution de l’ère des dinosaures. Oui, certains dinosaures sont en plastique, mais pourtant, le visiteur est pris dans sa contemplation, quand on y est, c’est simple, on se croit dans un autre monde. Au niveau des animations, le visiteur peut revivre le séisme de Kobé de 1995, il peut aller au centre de la Terre en passant par un escalator, il peut rentrer dans l’œuf de Darwin et faire sa propre expédition via des petits ordinateurs. Puis, il y a plus simple, les vitrines, qui sont malgré tout très belles, et même parfois étonnantes. Qui aurait cru qu’il pourrait un jour voir un oiseau-éléphant ? Ce musée est dédié à un public très large, pas seulement destiné à un public érudit, connaissant tout des sciences naturelles. C’est simple, c’est amusant et éducatif !

Vers une vulgarisation des sciences ?

Ce qui gène sûrement les musées français, c’est qu’avec ce principe, on vulgarise tout, la culture comme la science. La France se pense trop érudite pour pouvoir se permettre de démocratiser la culture. Tout le monde sait ça, un point c’est tout. On va au musée, on observe, on contemple, et évidemment, on comprend. Mais qu’en pense réellement les français ? Sont-ils tous fanas des musées des beaux-arts poussiéreux, des muséums d’histoire naturelle aussi mort que les animaux qu’ils conservent ? Les musées « classiques » ont du mal à se moderniser, cependant, il y a de plus en plus d’efforts faits pour la numérisation dans les musées en France. On s’aperçoit petit à petit qu’il est nécessaire pour le visiteur d’avoir de l’animation dans les visites, de l’edutainment. Pour exemple, le musée du château des Ducs de Bretagne à Nantes se tourne de plus en plus vers le numérique, jusqu’à créer un hologramme d’Anne de Bretagne racontant la vie de château. Les conséquences sont visibles : plus de 50 000 visiteurs de différence en 2012 entre le musée des beaux-arts et le musée du château.

Le numérique et le musée 2.0 : vers une culture de l’edutainment ?

D’après Grégoire Chailleux et Ameline Coulombier, avec la démocratisation du haut débit, les musées n’ont plus le choix, il faut donner encore plus au visiteur qu’une simple visite : « Avec la concurrence de nouveaux loisirs numériques en particulier d’internet, un musée se doit en effet d’offrir une expérience plus riche que celle qu’on peut avoir chez soi. » mais les musées doivent passer au dessus de « réticences initiales : la crainte d’une concurrence des écrans face aux œuvres, d’une nuisance à la contemplation esthétique au profit de l’interactivité et de la culture du zapping. »

Visiblement, les musées n’ont plus le choix, on en demande toujours plus, et c’est un fait, les fréquentations de musées baisseront de plus en plus si la décision n’est pas prise de se mettre au numérique.

Affaire à suivre …

Jeanne Hutin

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