Absurde Transgression

L’association l’Absurde Séance fêtera bientôt ses 13 ans de bons et loyaux sévices, 13 ans au cours desquels ont été diffusés plus de 500 pellicules originales, rares et détonantes.

20122013L’Absurde Séance, c’est le côté obscur du Katorza, le marginal d’une programmation léchée, qui a su cependant attirer et conserver un public de fidèles, peu habitué au cinéma d’Art et d’Essai. Lors des évènements labellisés de l’Absurde, les salles obscures voient débarquer des curieux attirés par le cinéma d’exploitation et les bobines déviantes, une audience qui ne faiblit pas et qui bat même des records ces dernières années.

L’Absurde Séance lance cette année la première édition de Transgression, la soirée de l’insoutenable. Le titre suffit tout seul à décrire l’idée globale de cet événement : il s’agit de repousser encore un peu plus les limites de l’extrême et du cinéma, tout cela en 4D… Rencontre avec Jean-Maurice Bigeard, le créateur et directeur de l’association.

Peux-tu nous présenter la soirée Transgression ?

Cet événement, c’est une envie de jeter un pavé dans la mare de cet univers aseptisé, aux films édulcorés qui se doivent de rentrer dans un moule, dans une case…

On passera dans l’ordre un porno, un film gore et un « chocumentaire ». Je pense que ceux sont trois genres complémentaires de l’Absurde Séance. On ouvrira les hostilités avec le clip « J’encule », qui date d’une époque où tout se mélangeait, où les gens n’avaient pas besoin de correspondre à une catégorie précise. On enchaînera avec le premier long, un porno. Il va loin dans l’interdit, il passe en revue beaucoup de tabous, mais il est en même temps très esthétique ; le tout réalisé par un bon auteur, avec de vraies images, de vrais acteurs et un vrai scénario. Le second raconte la transformation de la douleur en plaisir… C’est fait  avec beaucoup de poésie. Enfin, le troisième est un documentaire choc comportant 13 scènes sur la mort partout dans le monde, des autopsies, des cérémonies funéraires, des accidents…

Polyester-Odorama

Pourquoi ce choix de l’odorama, des animations… Comment est venue l’idée ?

J’ai repensé à un film des années 80, « Polyester » de John Waters. Tu devais gratter les vignettes dont le numéro s’affichait à l’écran puis sentir. Pour Transgression, j’ai vite pensé à du poisson, à une odeur qui ressemblerait à de la merde… L’idée,  ça reste de bousculer les gens. C’est authentiquement con, je l’admets… Enfin, j’ai envie de retrouver ces idées de transgression propres aux années 70-80 et qui manquent franchement à notre époque.

Comment cela se met en place concrètement ?

Au fur et à mesure de la soirée, on diffusera différentes odeurs afin de surprendre et jouer avec le spectateur, qu’il peine à  distinguer le film de la réalité… Les  films choisis se jouent eux-mêmes du vrai et du faux, nous ne faisons qu’alimenter cette ambiguïté avec l’odorama et les animations. Mais tout ça se déroulera surtout selon les envies du public. Si les gens le désirent, on pourra aller très loin dans les animations, mais s’ils sont plutôt calmes, la soirée restera tranquille. Mais dans tous les cas, on veut éviter les coupures, il y aura un court-métrage diffusé entre chaque projection, il faut que ça s’enchaîne correctement pour que le gens soient pris dans la soirée et dans le thème.

Transgression

Comment promouvoir un tel évènement ?

Cet évènement ne s’adresse pas à tout le monde, il joue réellement avec les limites de la transgression ; du coup, je ne veux et ne peux pas le banaliser. C’est aussi pour ça que la soirée est interdite au moins de 18 ans, chaque personne qui viendra est responsable et consentante.

La  promotion se fait donc surtout via la newsletter, le Facebook de l’association, le site internet mais aussi grâce aux gens qui en parlent à leur entourage. Il y a un petit côté rave-party : on communique par le bouche à oreille… Et finalement ceux qui ne voudront pas du tout venir sont peut-être ceux qui en parleront le plus !

C’est une soirée appelée à se renouveler, ou plutôt un happening ?

Si ça marche, pourquoi pas en faire une chaque année ! Ça me ferait marrer de faire ça… Mais avant tout, j’attends de voir si cette première édition va rencontrer le succès attendu. Il faudrait au moins 100-150 personnes pour que je rentre dans mes frais.

Pour terminer, parle-nous un peu de ta vision de la 3D. Des animations en 4D seront mises en place lors de Transgression, alors quel regard portes-tu sur les évolutions des techniques au cinéma ?

La 3D ? Ça ne sert à rien, c’est sans vrai profondeur… J’ai connu la 3D dans les fêtes foraines et là, on se prenait réellement au jeu. Aujourd’hui, je considère qu’aucun film n’utilise réellement la 3D. Les réalisateurs ne pensent qu’à la profondeur de champ, mais on ne se prend rien dans la gueule !

Dans Ben Hur ou encore Lawrence d’Arabie, quand tu vois des milliers de personnes à l’écran, ce sont de vrais gens, ça respire ! Les films où tout est faux, les gens, les décors, ça me donne l’impression d’avaler un gros gâteau indigeste ! Le cinéma d’aujourd’hui ne respire pas, c’est son principal défaut. Les effets et les découpages sont trop épileptiques…

En fait, je me fous de l’évolution technique. Si tout est OK niveau son et image, il manquera toujours des acteurs et un scénario… Je pense qu’il y avait davantage de films marquants dans les années 70 et 80. Je continue de croire qu’il faut commencer par avoir un vrai scénario, des acteurs, un réalisateur. Finalement, pourquoi avoir choisi de mettre en place de la 4D dans Transgression ? Pour enculer la 3D d’aujourd’hui !

Servane Crossouard, Steven Ion et Alison Jardon

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