« Culture du changement »

 

  Dans une entrevue donnée pour Gasface il y a quelques mois, le légendaire bien que trop méconnu producteur Buckwild était le premier à formuler la synthèse du Hip Hop en tant que « culture du changement ». Depuis l’émergence de ce courant pluridisciplinaire, chaque nouvelle trouvaille technique a directement été accompagnée d’une nouvelle manière de créer. Et pour cause, la naissance même de ce mouvement est à la croisée d’heureux accidents desquels découlèrent d’innovantes techniques de créations, qui causèrent d’heureux accidents etc… Une boucle à l’image des techniques même utilisées par cette culture.

Méta-culture

En s’appropriant des techniques wharoliennes de la création par dessus la création et en digérant la totalité de ce qui s’est jamais fait en musique, le Hip Hop est directement apparu comme étant la première “méta-musique ». Cette nouvelle manière de concevoir la création, directement inspirée du collage et dérivée de la citation, est introduite par des trouvailles techniques révolutionnaires qui s’inscrivent dans une démarche créative transversale baptisée sample. Pied de nez ou références, les pochettes d’album suivantes seront plus éloquentes que n’importe quelle explication.

culture du changement 3

 

 

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Techniques anciennes, usages actuels.

Le breakbeat (qui marque la naissance du Hip Hop), inventé dans les années 70 par le DJ jamaico-new-yorkais Kool Herc consiste à détourner l’usage premier du disque pour en jouer un court extrait (« break ») à l’infini en jonglant sur deux platines différentes. Il fut la première pierre à un édifice qui est jusqu’à aujourd’hui fer de lance de l’innovation musicale.Contents de voir que tripatouiller les disques avec leurs doigts n’abimait pas tant que ça les disques de leurs parents, les dj’s se mirent assez rapidement à y prendre goût. A tel point qu’ils inventèrent le scratch, (ainsi que d’autres techniques de deejaying utilisées aujourd’hui par tous styles de musique). Ce dernier s’imposa par la suite comme un mouvement musical de portée internationale.

Dans la ligné du « breakbeat », le Hip Hop a été le premier mouvement à reproduire des boucles entières de morceaux, puis à les sampler lorsque la technologie le lui a permi. S’inspirant du dub jamaicain, le Hip Hop a ensuite été parmi les premier styles musicaux à s’approprier le numérique grâce à l’apparition de nouveaux outils. Parmi ceux ci, les premiers échantilloneurs, puis, les légendaires boites à rythmes MPC de chez Akai furent utilisés et introduits comme de nouveaux instruments de musique à part entière.

La technique de sample qui en découle marque également un tournant décisif dans notre approche de la création musicale. Le sample permet l’appropriation d’un son et sa modification dans l’objectif de recréer par dessus une matière première prééxistante. S’affranchissant pas à pas de la boucle, l’échantillonage permet la destructuration et le retraitement de n’importe quel son. Cette technique est aujourd’hui à la base de la majorité des mouvements musicaux contemporains.

De nouvelles expérimentations

Inspirant derrière cette énergie nouvelle de nombreux autres courants, le Hip Hop a clairement accompagné les premiers pas des musiques éléctroniques. L’exemple de Bob Sinclar illustre cette idée à merveille : excellent – bien que méconnu – producteur de Hip Hop dans les années 90, désormais idole des jeunes et parrain des dancefloors et des publicités pour shampoing du monde entier.

Le quatuor de deejays ligérien Coup2 Cross, baptisé récement C2C (prononcer « Cédeucé ») est comparable exactement pour les mêmes raisons, bien qu’ils soient plus diffusés dans des publicités automobiles. Les quadruples vainqueurs DMC (championats du monde de scratch) font office de précurseurs dans l’utilisation de nouveaux outils associés à leur musique.

Premièrement, comme énormément de deejays depuis son invention, ils utilisent un système de lecture numérique sur plate-forme vinyle aussi récent que révolutionaire : Serato. Une puce, intégrée à la mixette relie un disque-type émettant une fréquence constante (une espèce de bip permanent) à un ordinateur à partir duquel on peut jouer n’importe quel son. Plus besoin de transporter des caisses entières de disques et de risquer un lumbago à chaque soirée. Aussi, Serato permet une plus grande marge de manoeuvre pour les dj’s, qui peuvent désormais jouer n’impôrte quel titre numérisé : ils sont affranchis des contraintes materielles du disque (conservation, obtention et déplacement). Serato, bien qu’ayant fait débat à son arrivée s’est vite imposé comme un outil indispensable. Pour preuve : les groupes de musiques qui tounent avec un dj ne pensent même plus à faire graver leur production sur vinyle mais jouent tout sur Serato en dématerialisé.

Que la lumière soit!

Bien loin de se cantoner aux bidouillages musicaux, les activistes du mouvement s’interessent également de très près à l’image et aux nouvelles manières de se l’approprier. Cette culture s’est toujours préocupée de s’approprier les outils emergents, tant dans le son que dans l’image (comme en témoigne ce vieux clip de De La Soul qui a très mal vieilli), et plus récement, la lumière.

C’est ainsi que nos quatres Coup de Cross allèrent naguère plus loin dans l’expérimentation. A partir des possibilités que Serato offrit aux dj’s, ils imaginèrent un système parallèle qui permettrais de contrôler à la fois le son mais aussi la lumière. Ils se sont fait bâtir un système unique par l’entreprise nantaise Naonext qui leur permet à la main (grâce à un contrôleur spécial) et au pieds (averc une pédale) de changer la couleur qui émane d’en dessous un disque transulcide (rouge, bleu vert…)

Plus loin que ce sytème de Led, pour leur tournée actuelle qui a débute il y a un an et demi, les C2C se sont fait confectionner un autre système de projection lumineuse totalement inédit. En contrepoint du mapping qu’ils utilisent sur scène, ils se sont fait fabriquer des caissons à trois faces qui supportent leurs platines et leur mpc. Chacun de ces quatre caissons projette sur trois faces de la lumière qui est directement relièe à un système Serato lumière, qui accorde chaque mouvement luminuex directement avec ceux de la platine et du crossfader. Les images projetées, concues à l’avance interagissent donc directement avec le son. C’est cette technique qui donne aux lives du quarquet une dimension unique et époustouflante.

De nouvelles formes d’art plastiques qui envahissent le hip hop, dont témoignent tout autant le grafitti pour aveugles du graffeur JC, la peinture de lumière du photographe Kalam, tous deux nantais. Coincidence?

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