Les Newsgames.

Les newsgames : s’informer autrement.

Et si certains jeux-vidéos n’étaient pas là pour nous permettre d’échapper à la réalité mais au contraire pour nous aider à la comprendre ? Ici au Culturographe on vous parlait précédemment des « serious game », cette nouvelle catégorie de jeux en ligne qui vous proposent d’apprendre de façon ludique. Aujourd’hui c’est à une branche de ces jeux que l’on a choisi de s’intéresser : « les Newsgame ». Comme pour tout serious game l’objectif est d’utiliser les technologies de pointe des jeux vidéos et de les mettre au service de l’apprentissage. En l’occurrence ici, celui des faits d’actualités et des évènements de l’histoire contemporaine.

Le newsgame un nouveau format journalistique ?

On a vu apparaitre les newsgames en France il y a quelques années, peu après leurs débuts outre-Manche et outre-Atlantique. L’objectif de ces « jeux » ? Allier le ludique aux sujets d’actualité afin de permettre une immersion du joueur au sein des problématiques de nôtre aire, grâce à une mise en scène de l’information. Un bon moyen de comprendre la complexité et la difficulté des situations dont nous sommes les témoins. On n’est plus uniquement dans le divertissement mais on facilite l’apprentissage. Le joueur devient acteur, il quitte son rôle passif de lecteur, de spectateur, tout au mieux de commentateur. Lors du CFPJ Lab, Olivier Mauco (consultant et concepteur de médias ludiques) expliquait : « le newsgame permet un mode de représentation, une immersion et une expérience pleine pour l’internaute qui dispose alors d’un éclairage nouveau sur un sujet donné et différent de la perception qu’il aurait en lisant un article classique. » (Propos recueillis par la revue Influencia)

Un newsgame ça ressemble à quoi ?

Il existe désormais différentes catégories de newsgame : jeu-infographie, jeu-reportage, jeu éditorial… Nous vous invitons à retrouver ici quelques exemples : les meilleurs newsgames de 2013 selon Florent Maurin, rédacteur du blog The Pixel Hunt, spécialisé dans les newsgames.

Les newsgames c’est pour qui ?

Les newsgames ont pour but d’attirer un public peu sensible aux formats médiatiques traditionnels. Ils ne sont pas cependant antinomiques de ces autres médias, mais offrent aux internautes l’opportunité d’approfondir leurs connaissances et d’expérimenter de nouvelles expériences informatives.

Mais dans un monde du « toujours plus vite » où la presse est en crise et où le lecteur n’a plus le temps, ou du moins ne prend plus le temps, les newsgames, qui demandent un certains investissement, peuvent-ils toucher un large public ? On peut en douter. Malgré tout, ces dernières années ont vu apparaitre un désir de prendre le temps, de nouveau, pour mieux s’informer. La multiplication des mooks (magazine-book) notamment, en est la preuve. C’est dans ce contexte que les newsgames ont une grande chance de trouver leurs adeptes.

Joséphine Lefèvre.

 

 

 

 

Fort McMoney, un jeu participatif sur l’écologie.

Jeu documentaire, Fort McMoney traite les enjeux pétroliers et environnementaux de la ville Fort McMurray, au Canada. Réalisateur du jeu vidéo, David Dufresne a créé une ville virtuelle à partir d’une situation réelle. Le joueur n’est plus passif et devient maitre de la finalité de ce jeu. Mélangeant web-documentaire et jeu vidéo, Fort McMoney est une véritable nouveauté et réunit déjà des milliers de joueurs. Le but de ce jeu vidéo est de permettre aux joueurs de se poser des questions sur l’impact de la production du pétrole dans le monde. Pour cela, chaque semaine, des débats géopolitiques font partie intégrante au jeu et influent sur l’avenir de la ville.

 

 

Nous avons rencontré Alexis, joueur expérimenté et souhaitant travailler dans le domaine de la recherche et la critique des jeux vidéos, et a bien voulu nous parler de sa première expérience avec le jeu Fort McMoney.

As-tu aimé jouer à Fort McMoney, en général ? Et pourquoi ?

Oui. J’ai trouvé l’idée originale et l’expérience assez inédite dans l’univers du jeu vidéo. Le jeu se rapproche beaucoup des point-and-click, c’en est d’ailleurs un, où le joueur doit cliquer sur des éléments de décor pour récupérer des objets. Ces indices l’aideront dans son aventure et déclencheront des événements, discussion, etc.

Ce qui est original dans Fort McMoney c’est la tentative de lier ensemble jeu vidéo et documentaire sans pour autant renier les mécaniques de gameplay et les capacités d’expressivité du jeu vidéo. Un serious game qui snoberait les mécanismes ludiques du jeu vidéo sous prétexte de « sérieux » se tromperait à mon avis de medium. Mention spéciale à l’accent québecois que je n’avais encore jamais entendu dans un jeu vidéo (rires).

Par rapport à des jeux vidéo classiques, as-tu apprécié de savoir que tu pouvais avoir un impact sur la fin de ce jeu vidéo ?

Je ne suis pas d’accord avec l’idée selon laquelle le joueur n’a jamais d’impact sur l’histoire dans un jeu vidéo. Ce critère n’est en tout cas pas indispensable pour raconter des histoires, c’est juste un des nombreux mécanismes que le jeu vidéo utilise pour augmenter l’immersion. Il y a de grands jeux narratifs dont l’histoire est toute tracée et l’expérience absolument linéaire sans qu’aucun choix ne soit possible, ils n’en sont pas moins des grands jeux. Mais c’est tout de même plaisant dans Fort McMoney de faire des choix, de voir le résultat, le sujet s’y prête bien, on a envie de sauver l’écologie, d’autant que ces questions sont débattues avec d’autres joueurs.

Penses-tu que cette nouvelle génération de jeux vidéo pourra détrôner les jeux vidéo non participatifs ?

Non je ne pense pas, je le vois comme une proposition ludique parmi d’autres. Il y a plein d’autres expériences dans le jeu vidéo, pleins de gameplay différents, les supports sont variés, les thèmes sont variés, les genres de jeux sont variés. Les jeux qui sont plus narratifs, d’autres plus stratégiques, d’autres cherchent l’épure, d’autres cherchent le réalisme absolu, etc.

Dans Fort McMoney, des débats géopolitiques avec les autres joueurs sont intégrés dans le jeu. Penses-tu que ce critère est un point fort du jeu ?

C’est intéressant pour les raisons que j’ai évoquées plus haut : le côté engageant de la question écologique. Débattre sur des problèmes réels a un côté excitant. Pour moi le point fort demeure quand même l’exploration originale qu’on nous propose dans du décor réel avec ce côté documentaire et l’aspect de gestion plus que les débats politiques. Je ne peux pas répondre autre chose car je suis fortement influencé par le sujet que je souhaite aborder dans la recherche, à savoir la spécificité du jeu vidéo. Chercher à définir ce qui se joue esthétiquement dans le jeu vidéo pour mieux en parler et le critiquer.

Si tu devais donner une qualité et un défaut au jeu Fort McMoney, quels seraient-ils ?

Je n’y ai pas assez joué pour donner un avis définitif, critique et détaillé mais, pendant mes deux heures, j’ai trouvé que c’était un super jeu d’exploration, avec des décors magnifiques (réalisation HD impressionnante pour un jeu sur navigateur) et des rencontres très attachantes. Il met bien en scène un sujet préoccupant qui donne envie de s’y impliquer. Il faut voir comment évolue le parcours de notre personnage dans les autres épisodes. J’ai aussi apprécié l’aspect gestion. Le jeu demande un certain investissement sur la durée pour voir les résultats de ses choix et les discussions avec les joueurs. Je me demande si ce côté n’est pas un peu extérieur, détaché de l’expérience du joueur comme je le disais auparavant. Il faudrait que je joue davantage pour voir si cet aspect fonctionne comme un élément parfaitement intégré à l’expérience qui a un sens dans la progression ou si les développeurs l’ont ajouté pour alimenter les discours sur l’écologie.

Propos recueillis par Caroline Guéné.

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