Le vinyle tourne toujours

En 2005, Mélomane ouvre ses portes sur l’île Feydeau à Nantes. Jean-Christophe Fillon, disquaire de la boutique, nous aide à comprendre le grand retour du vinyle. Retour, oui car il fut un temps où on le croyait disparu… Mais le disque n’a pas encore signé son arrêt de mort, et n’a toujours pas trouvé d’adversaire à sa taille.

         Au début, on ne trouDSC_1223vait que des vinyles chez Mélomane. « On avait délibérément choisi de faire du vinyle parce qu’on croyait à son retour. On pensait que les gens aimeraient revenir à un support physique et sympa, et le vinyle est le bon support » déclare le disquaire. Avec plus de 60 ans d’existence, le vinyle offre un son plus chaud à son auditeur, mais pas seulement… L’écoute sur vinyle implique une autre démarche : « Il faut se lever, prendre le vinyle, le poser et changer de  face après vingt minutes. Il y a un engagement personnel. Ce n’est pas  comme un disque dur, où l’on change de morceau avec une télécommande du fond du canapé ». De plus, la consommation de la musique n’est pas la même : « vous écoutez un album, vous écoutez une face, ce n’est pas une liste mélangée où vous ne savez plus quel morceau appartient à quel album » affirme Jean-Christophe. A ses yeux, « c’est un petit plaisir, comme fumer un cigare assis chez soi ». Si le format vinyle était très répandu avant l’arrivée du numérique, il est aujourd’hui davantage utilisé par les aficionados. « Quelqu’un qui veut se faire une culture musicale a peut-être tout intérêt à télécharger du mp3. Mais quand il cherchera quelque chose de plus précis ou des fondamentaux, il devra plutôt conserver une copie vinyle ». Ce format a fait ses preuves, il est aujourd’hui irremplaçable chez Mélomane à Nantes comme chez les mélomanes du monde entier.

Un retour en force

Pourtant, avec l’arrivée du CD, le disque vinyle a été un temps éjecté des bacs de la grande distribution. « Au début des années 90, j’aurais bien acheté du vinyle, mais on n’en trouvait plus ! Dans les autres pays, on continuait à en vendre, il n’y a qu’en France où les grandes enseignes l’ont supprimé » nous apprend Jean-Christophe.  Depuis les années 2000, les grands du marché musical semblent bouder le format, ne lui accordant qu’une place ridicule dans leurs rayons. Seules les disquaires indépendants tels que Mélomane s’y intéressent vraiment. Outre ceux-là, ce sont aussi les labels indépendants qui choisissent de rester fidèles au support. À Nantes, il en existe plusieurs. Deux d’entre eux sont d’ailleurs présents chez mélomane : si Kizmiaz Records pour le rock garage fête tout juste ces 5 ans, UVPR sort des disques punk depuis maintenant une décennie. Trois styles musicaux dominent le marché : le rock indépendant, le hip hop et la musique électronique.

Mais aujourd’hui, les grandes enseignes suivent la tendance vinyle. Il suffit de gravir les  marches de la FNAC à Nantes pour s’en apercevoir : le rayon musique a diminué de moitié, mais le nombre de vinyles  à quant à lui doublé. Dans sa boutique, Jean-Christophe a lui aussi vu sa clientèle s’agrandir et évoluer : « au départ, on avait surtout des trentenaires et des quadra. ça se rajeunit et se féminise depuis 3 ou 4 ans ».  S’il admet qu’un effet de mode est à l’origine du changement, il affirme cependant qu’il existe une clientèle réellement attachée au support, « qui était déjà là avant et restera encore après » .

Un avenir certain

Vinyles du Mélomane

Vinyles du Mélomane

Le vinyle a encore de l’avenir, Jean-Christophe n’en doute pas : « je suis plus inquiet pour le CD que pour le vinyle.  D’ailleurs, il y a aujourd’hui beaucoup de vinyles qui sortent avec le coupon mp3. Comme ça vous avez le vinyle pour chez vous et le mp3 pour l’extérieur ». Le

format numérique est toujours présent, mais il est un complément plus qu’une menace à sa survie. Le numérique a même de quoi envier son aîné. Techniquement, il lui est impossible d’en reproduire avec exactitude le son, bien qu’on puisse s’en rapprocher avec du bon matériel. Mais aux yeux de notre mélomane « il n’y a pas que la qualité du son, un vinyle qui craque peut parfois vous apporter plus de plaisir qu’un CD parfaitement enregistré ». De plus, la pochette d’un disque apporte des données que le numérique n’offre pas forcément :  nom de l’auteur, année, illustrations… « Mais cela pourrait se développer à terme, imagine Jean-Christophe. Vous le passerez sur votre TV, et vous verrez la pochette, les noms des auteurs, peut-être même des vidéos ». Indispensable pour tout amateur de musique, ces caractéristiques confèrent un autre atout au disque vinyle, qui n’est pas près de s’éteindre.

Louise Plessier, Renaud Masson, Raphaèle Tondriaux-Gautier

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