Le Morphing

Le Morphing, quand la technologie numérique se lie à l’Art :  Beauty, le phénomène qui bouleverse.

Beauty est une vidéo réalisée par un certain Rino Stefano Tagliafierro, un artiste porté sur le numérique expérimental. Beauty remet en question les principes de médiation traditionnelle, les rapports entre nous et les œuvres d’art grâce à une technologie de pointe. C’est une nouvelle porte d’expression et de connaissance de l’art qui s’ouvre grâce au numérique.

Aujourd’hui, les musées utilisent de plus en plus d’outils numériques. Les différents établissements comme le Muséum d’Histoire Naturelle de Toulouse, le Musée du Quai Branly ont été des précurseurs de l’utilisation et de l’intégration des nouvelles technologies dans leur écosystème : les billets dématérialisés ont fait leur apparition, des visites virtuelles ont été crées… Des réussites, qui nous font prendre conscience aujourd’hui que la transmission de l’art doit compter avec le numérique, ou ne comptera pas. De nouvelles œuvres, crées par des logiciels techniques ont trouvé leurs places dans les galeries d’art. Avec le numérique, les réseaux sociaux, la sacralisation de l’œuvre diffère elle aussi. L’aspect « intouchable » qui faisait parti intégrante et prépondérante du processus de création d’une œuvre change. Les œuvres sont plus accessibles, modifiables : le citoyen lambda peut modifier la copie d’une œuvre très facilement, la déformer par exemple.

Beauty, le projet, l’idée.

La déformation d’une œuvre a atteint un niveau de technicité et d’esthétique remarquable avec Beauty. L’italien Reno, de son prénom, a sélectionné plus d’une centaine d’œuvres répertoriées et classées dans les musées les plus renommés, pour en faire une vidéo animée. Le manifeste de Beauty traduit la volonté de Reno Stefano Tagliafierro , le but était de :

« Ramener la beauté à la force expressive des gestes qui bondissent de l’immobilité des tableaux. C’est comme si ces images, consignées par l’histoire de l’art dans un mouvement figé, pouvaient aujourd’hui revenir à la vie grâce à la chaleur de la technologie numérique ».

Sous vos yeux, l’œuvre d’art prend vie. Ce qui était statique vous surprend alors par son mouvement. Cette forme de vie invisible auparavant et pourtant présente dans chaque œuvre devient alors évidente pour tous. Le vidéaste voulait en fait donner vie et corps a différentes émotions humaines, que nous avons tous ressenti un jour : le chagrin, la peur, l’amour, etc. Ces émotions sublimées par des œuvres d’artiste comme Le Caravage, Titien et bien d’autres.Cette vidéo, devenue œuvre d’art à part entière, modifie les rapports traditionnels de médiation. La connaissance de l’œuvre est modifiée.

Le Morphing, la mise en œuvre.

Ce qu’on appelle le Morphing, c’est une technologie utilisée pour mettre en mouvement un dessin. Différents logiciels ont été utilisés, Photoshop, Adobe After Effects… D’autres artistes comme Luc Ronat dans le film «  Le Parfum retrouvé », par exemple ont utilisé cette technologie ; mais pas à ce niveau technique. Ici, le travail de « déformateur » s’est décomposé en plusieurs étapes : dans un premier temps, la retouche d’images, puis la retouche des arrières plans (l’une des parties les plus difficiles selon Tagliafierro), et enfin la mise en mouvement. Le challenge étant de ne pas exagérer les mouvements au risque de les faire paraître surréalistes. Cinq mois auront été nécessaires à la création de cette vidéo pour amener au résultat que l’on connaît aujourd’hui : hypnotique.

Une vidéo qui modifie nos rapports aux œuvres, notre appropriation.

Cette vidéo crée un lien entre les usagers du web, même si certains ne seront peut-être jamais des visiteurs des établissements dans lesquels sont conservées les œuvres originales. Ce lien est bien le but premier des « déformateurs » : faire connaître, amener de façon ludique l’œuvre aux publics initiés comme aux néophytes. L’appropriation de l’œuvre n’est plus à sens unique, elle n’est plus simplement du spectateur vers l’œuvre ; la médiation se fait dans le même temps que la contemplation. Ce qui entre aussi en lien avec les nouvelles techniques de médiations mises en place par différents établissements. La communication entre le spectateur et l’Institution même du musée n’est plus unilatérale ; c’est un des buts de la médiation. Rappelons que la médiation est là pour expliquer, en quelque sorte, les tenants et aboutissants d’une œuvre et de son créateur. : de sa création à sa conservation et protection. Mais la médiation est souvent présentée, et vécue comme un « après » et non un « pendant ». Pourtant, en ce qui concerne la compréhension de l’œuvre en elle-même, grâce à la vidéo de Beauty, il n’y a là plus besoin d’intermédiaires, du moins dans l’immédiat, pour comprendre la portée émotive des œuvres présentées. Ce travail du vidéaste, ouvre de nouvelles possibilités pour l’intégration du numérique dans le domaine de l’art. Le numérique devient le médium de l’art. Comme l’ont dit E.Couchot et N.Hillaire, l’art et le numérique s’entremêlent, jouent ensemble ; presque d’une façon qu’on pourrait dire « naturelle ».

« La spécificité du numérique est de simuler toutes les techniques existantes, toutes les techniques possibles, ou du moins d’y aspirer. Telle est la vocation illimitée de la simulation. C’est cette capacité qui donne au numérique son pouvoir de pénétration, de contamination sans précédent, qui l’autorise à assujettir toutes les techniques à l’ordre informationnel et de ce fait les hybrider entre elles. »

(« L’art numérique – comment la technologie vient au monde de l’art »  ) 

Le rapport du spectateur aux nouvelles technologies est tellement intuitif, que les nouvelles possibilités de création, et d’exposition , et de revisitation des œuvres sont illimités. Le numérique se pose comme un nouveau moyen d’appropriation des œuvres, et non pas comme un danger envers la culture elle-même.

B E A U T Y – dir. Rino Stefano Tagliafierro from Rino Stefano Tagliafierro on Vimeo.

Solène GUIMON

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