Explore en t’amusant avec Dora.

« Chipeur arrête de chiper, Chipeur arrête de chiper ». Qui n’a pas déjà entendu cette réplique dans la bouche d’un enfant ? Avec sa frange bien dessinée et son fidèle ami le singe, Dora l’exploratrice est devenue l’amie des plus petits. Retour sur un phénomène …

Dora l'exploratrice

Dora l’exploratrice

Dora l’exploratrice est une série d’animation américaine diffusée depuis l’été 2000 par la chaîne Nickelodéon. Traduite dans plusieurs langues, elle apparaît comme pionnière d’un nouveau genre de programmes télévisuels destinés aux bambins.

Cette fillette de 7 ans pourrait être une héroïne comme les autres. Brune, tout sourire, un sac à dos qui parle et un singe comme fidèles alliés, Dora se démarque pourtant de ses concurrentes. A travers ses multiples aventures, nous découvrons un monde établissant un clivage entre le bien et le mal, un monde prônant l’apprentissage aux plus petits, un monde à dix milles lieux des contes de fées traditionnels.

D’abord, elle est hispano-américaine. Dans un pays où des tensions vis à vis des ressortissants mexicains subsistent, cette double nationalité signifie beaucoup. Dans la version originale, l’américain est traduit en espagnol, afin de sensibiliser les plus jeunes à cette langue parlée dans leur pays. Dora permet aux producteurs de diffuser un message de vivre ensemble, d’acceptation de l’autre, de respect des communautés minoritaires.

Les épisodes de la série suivent toujours la même trame, une sorte de quête initiatique. Dès les premières images, Dora et ses amis présentent à l’enfant le but de leur mission ( qu’ils lui transfèrent ). Souvent la phrase est répétée plusieurs fois, afin de bien faire comprendre à l’enfant ce que l’on attend de lui, dans ce que nous pouvons percevoir comme un exercice.

A chaque fois que les protagonistes s’interrogent, un silence s’opère. Ce dernier laisse le temps à l’enfant de comprendre que c’est à lui qu’ils s’adressent, que c’est à lui de parler. Devant son écran, le bambin se retrouve intégré à l’histoire, et sent la nécessité de son acte. Le silence étant très long, il a l’impression que rien ne se passera s’il n’agit pas. Une fois le temps écoulé, le groupe félicite le chérubin, afin de le valoriser et de lui donner confiance en lui. Ce principe semble très appliqué dans l’éducation scolaire et parentale.

Aussi, comme dans toute quête, elle est parsemée d’embûches. Dora et ses compagnons rencontrent des obstacles qu’ils vont devoir surmonter ensemble. Très vite un clivage s’instaure entre ceux que l’on identifie comme des alliés, et ceux qui veulent leur nuire. La série prône l’entre-aide et des personnages divers apparaissent pour leur porter assistance. Il ne s’agit pas d’un cercle fermé et immuable d’amis, afin d’éviter la création d’un entre-soi.

On attend alors de l’enfant qu’il demande poliment du secours : « peux-tu demander toi ? ». Car là encore, la série y met la forme. Il n’est pas question de passer à côté de la courtoisie de rigueur entre les hommes.

D’un point de vue plus pratique, cette série d’animation développe des compétences particulières chez ceux qui la regardent.

Le bilinguisme s’impose comme l’un de ses atouts majeurs. De nombreux termes sont traduits ( en anglais pour la version française, en espagnol pour la version américaine ). Dans chaque vidéo une expression courante est enseignée. Au fil des épisodes les enfants apprennent les couleurs et les chiffres.

Grâce à des outils comme une carte ou une boussole animées, ils sont initiés à l’orientation.

Dora l’exploratrice, c’est aussi sanctifier des qualités et des comportements humains.

Il faut entrevoir en Chipeur le renard maléfique qui ne fait que dérober, un aspect moral voire moralisateur. Dans la quasi-totalité des épisodes, on le retrouve en train de voler, ce qui est clairement identifié comme mauvais. Dora et Babouche le singe n’ont cesse de le réprimander à propos de ses méfaits.

La présence de Diego, le cousin de Dora, n’est pas sans rappeler l’importance de la famille. Mais la famille au sens élargi. Rares sont les programmes qui présentent des personnages autres que les parents ou les frères et sœurs.

Aussi, les amis recommandent très souvent la prudence aux enfants. Dans l’épisode du pont bleu par exemple, Dora ordonne à Babouche de faire attention en le traversant. Celui-ci n’avait pas prévu de regarder au loin, et a failli tomber dans la rivière, car il manquait des planches en bois à ce pont suspendu. Nous pouvons déceler en cette démarche un message plus général martelé aux plus jeunes, à propos de la sécurité routière, et l’importance de regarder avant de traverser.

Plus métaphoriquement, la vidéo avec le petit poulet rouge délivre un message de vie. Si minuscule, il doit se méfier de ses propres amis, afin qu’ils ne lui marchent pas dessus. Au-delà de l’aspect purement pratique, n’essaye-t-on pas de rendre les enfants plus indépendants, en leur apprenant à ne pas trop compter sur des amitiés éphémères et destructrices.

La psychologie de l’enfant l’a démontré depuis longtemps, les plus petits ont besoin de se raconter des histoires, de s’imaginer un monde à eux. Tandis qu’ils poursuivent très souvent ce qu’ils voient, il semble que des programmes télé comme Dora l’exploratrice se soient saisi de cette occasion. En proposant des connaissances particulières ( langue étrangère, orientation ) et des vertus morales, Dora les fait entrer dans les scénarios enfantins. Elle réussit à naturaliser des comportements meilleurs dans l’esprit des plus petits, ce qui n’est pas sans déplaire aux parents.

Allier le divertissement enfantin et l’apprentissage dans un programme télé, grâce à Dora … « WE DID IT ».

E.M

Interview de Valérie ( 31 ans ) et de sa fille Mathilde ( 6 ans ), toutes deux fans de Dora :

« Moi, grâce à Dora j’adore lire des livres. Quand je suis sage maman m’achète le magazine de Dora, et je peux lui raconter des histoires et aussi à mon petit frère car il ne sait pas lire. C’est normal il est trop petit. Par contre avant de faire sa sieste des fois il regarde un petit peu Dora avec moi, et il danse devant la télé. Mon (magazine) préféré c’est Dora ballerine. Ce qui est bien c’est que je peux faire pleins de trucs avec, comme des coloriages. Il y a même des autocollants pour décorer mes cahiers. »

« Mathilde adore Dora, depuis toute petite. Ses premiers héros étaient Winnie l’ourson et Mickey Mouse, mais c’est simple, depuis qu’elle connaît Dora, elle ne la quitte plus. Elle regarde souvent des épisodes à la télé, mais nous veillons à ne pas trop la laisser devant, car cela reste un programme télé. Je le trouve différent des autres, elle apprend beaucoup de choses, surtout en anglais, qu’elle nous répète soigneusement.

J’ai aussi pris l’habitude, deux fois par mois, de lui rapporter le magazine Dora. Ce n’est pas donné ( 5€ ), mais ça vaut vraiment le coup. Elle adore déchiffrer les histoires et me les lire le soir. Finalement c’est moi qui l’écoute ( rires ). Je trouve que cela renforce un petit peu notre lien. Et puis elle a fait pas mal de progrès en classe. Avant elle n’osait pas prendre la parole pour lire une phrase, maintenant il faut lui dire de laisser les autres le faire aussi. Mais je l’avoue, c’est presque moi qui me suis attachée à Dora, j’attends la suite de ses aventures avec impatience ( rires ) ».

Retrouvez tout l’univers de Dora l’exploratrice : http://www.tfou.fr/dora-l-exploratrice