Du sonore au musée

En Europe, le musée est perçu comme un lieu à part. A l’instar des lieux religieux et autres mémoriaux historiques, le silence fait partie intégrante de la visite.  L’histoire de l’Europe est intimement liée à l’omniprésence du silence dans la vie muséale, je ne parle pas seulement de l’absence de musique, mais aussi de celle de bruits, ou même de sons.  Si pourtant, la vie artistique française a souvent été liée à la musique, à la vie mondaine, il est très rare aujourd’hui encore de trouver des musées qui mêlent sons et visuels, sans qu’ils ne soient spécialisés sur le sujet. C’est la raison pour laquelle, vers la fin des années 90 on s’est alarmé de l’absence d’un public jeune dans les musées. L’Europe continuait de vieillir tandis qu’outre-atlantique on n’hésitait pas à sortir les arts du cadre muséal jugé souvent trop exclusif.

Ce n’est que très récemment qu’on s’est aperçu de l’importance du cadre acoustique dans une visite. Souvent, lorsqu’on tend l’oreille dans un musée, on entend seulement un produit résiduel comme fond sonore. Parfois le silence est aussi une nécessité, une marque de respect comme pour le Mémorial juif d’Europe à Berlin où la musique serait malvenue. Le son doit être perçu comme un apport scénique, son absence ou sa présence doivent être réfléchie. Le plus souvent, les objets sonores dans les musées sont mis sous la forme d’enregistrements d’archives, de témoignages, de voix ou de bruits. Par exemple, dans un musée d’Histoire Naturelle, le passage sur les oiseaux est souvent mis en évidence par des bruits ou sonorités d’oiseaux dans leur élément naturel.

Les murs discursifs de Yayoi Kusama au Centre Pompidou

Les murs discursifs de Yayoi Kusama au Centre Pompidou

Mais l’écoute individuelle est souvent privilégiée dans les musées, l ‘écoute collective pouvant être jugée dérangeante perd souvent son but puisque les visiteurs ne se focalisent plus sur le document sonore, qui devient alors une simple musique d’ambiance. L’écoute par casque est un mode d’écoute qui s’est généralisé dans l’ensemble des musées. A l’aide d’un moniteur, le visiteur peut avoir accès à des contenus plus savants que les simples informations mises à disposition près des objets exposés.

Aujourd’hui lorsque le son est mis en place dans l’espace muséal, il est souvent un outil de mise en exposition, et est parfois le sujet de l’exposition. C’est le cas de l’exposition hommage à Bob Dylan qui a été organisé à la Cité de la Musique du Parc de la Villette de Paris. Lors de l’exposition, les visiteurs ont pu se promener, découvrir des photos parfois inédites de l’artiste, des textes de ses chansons, des instruments qu’il a utilisé mais aussi des références aux artistes qui ont inspiré sa folk. La musique était donc le véritable sujet de l’exposition, même si les chansons de Bob Dylan diffusées par des haut-parleurs avaient pour but n’être qu’un fond sonore d’accompagnement.

Contrairement à cette exposition, celle de La Bohème présentée au Grand Palais exposait la musique comme un matériau patrimonial à part entière. Tandis que les visiteurs alternaient entre des tableaux de Courbet ou Van Gogh et des proverbes roms, la musique les immergeait entièrement dans l’histoire de la bohème, entre sons Tziganes et orientalisme classique. Introduire le son de cette manière permet de transformer la visite en « une expérience totale », le visiteur devient spectateur voir acteur de son parcours. Comme lors de l’exposition de Yayoi Kusama au Centre Pompidou où un simple touché de mur peut transformer les images projetées en expérience sensorielle.

Si aujourd’hui l’immersion totale est réservée à quelques expositions ou aux musées des sciences, il n’est pas impossible qu’au cours des prochaines années l’univers muséal évolue au point de changer la manière non seulement de créer mais aussi de vivre une exposition. Les créations digitales commencent à trouver une place particulière dans les musées. Reste à savoir si elles sauront s’exporter dans l’ensemble des musées, où si elles resteront confinées dans des espaces qui leurs sont dédiés.

Mélody Thomas

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