Personnaliser sa visite avec la baladodiffusion.

Voguer sur les pratiques actuelles des jeunes générations est sans doute un des meilleurs moyens d’attirer naturellement leur attention. Pour ces raisons, depuis maintenant quelques années, certains musées américains les plus audacieux se sont emparés de leurs outils pour valoriser leurs expositions. Il s’agit de l’utilisation de la baladodiffusion (podcasting en anglais) à travers les différents lecteurs numériques, de plus en plus répandus aujourd’hui. C’est justement parce qu’ils sont si populaires qu’ils représentent une opportunité intéressante pour les musées.

C’est le Burlingame Museum of Pez Memorabilia, de Burlingame qui fut le premier à utiliser ce procédé. Les précurseurs sont partis d’un postulat simple, les visiteurs de musée retiennent d’avantage ce qu’ils entendent à propos d’un objet plutôt que ce qu’ils peuvent en lire sur une plaquette ou une étiquette. Observant la démocratisation des lecteur MP3, ils ont eu l’idée de proposer du contenu téléchargeable pour agrémenter les visites et les personnaliser. Il s’agit d’adapter l’offre à une exposition mais surtout à différents types de public. L’aspect très pratique de l’objet et la maîtrise de sa technologie par une partie de la population toujours plus grande en font un outil idéal pour la diffusion de produits éducatifs.

L’idée de la baladodiffusion provient d’un groupe d’étudiants américains. En visitant le musée d’art moderne de New-York, ils ont enregistré leurs commentaires sur l’exposition, ceux-ci étant considérés comme un petit peu trop osés pour être proposés à des visiteurs traditionnels. Cependant le concept est apparu intéressant pour le New York Time qui contribua à faire prospérer cette idée.

L’utilisation de la baladodiffusion devrait avec le temps supplanter complètement l’audio-guide. Pour les musées, c’est un dispositif éducatif dont le coût est relativement faible lorsqu’on le compare à son prédécesseur. Celui-ci est réservé aux établissements bénéficiant de moyens importants, sa mise en place est financièrement lourde à supporter. Il induit forcément des coûts d’entretien, un renouvellement constant du matériel et également du personnel chargé de sa mise à disposition. À l’inverse, l’émission de contenus de qualité dans le cadre de la baladodiffusion n’est pas très cher et n’est donc pas réservée aux musées les plus riches. Elle n’engage pas non plus de surcoût pour le visiteur, le téléchargement de programmes étant dans la grande majorité des cas gratuit. Il doit juste préparer sa visite au préalable et être muni d’un lecteur MP3. Le musée doit cependant en prévoir le prêt pour les personnes non-équipées. Certains mettent également à disposition des didacticiels pour les personnes les moins expérimentées.

L’objectif est en premier lieu d’enrichir l’expérience vécue du visiteur lors d’une exposition et lorsqu’il est face à un objet. Cela peut prendre des formes bien différentes.

Dans un musée d’Histoire, il peut être proposé au visiteur d’écouter des histoires ou des témoignages pour que ce qu’il observe prenne du sens et qu’il puisse saisir un contexte, une ambiance plus facilement. Ainsi au Townley Hall de Burnley en Angleterre, on peut par exemple écouter des citoyens ayant vécu les attaques aériennes constantes de l’armée allemande.

Avec la baladodiffusion, les musées peuvent diffuser ce qu’ils veulent et autant qu’ils le souhaitent. Ils peuvent ainsi offrir au public un grand nombre de possibilités. Le visiteur peut véritablement faire son marché sur le site internet du musée pour personnaliser au maximum sa visite selon ses envies, ce qu’il veut découvrir, ce qu’il ne connaît pas encore. Certains établissements diffusent les réactions du public face à certaines œuvres offrant ainsi aux visiteurs plusieurs points de vue et la possibilité de comparer ses impressions. On peut également communiquer sur les coulisses, les sciences et technologies employées pour préserver des œuvres. Des conversations d’experts peuvent être également très enrichissantes.

Parmi les possibilités les plus intéressantes on peut citer celle du Musée d’Art Moderne de New York. Il offre trois programmes de baladodiffusion. Modern Voices propose des avis et des discussions d’experts et d’artistes à propos des œuvres. Modern Kids comprend quatre programmes exclusivement réservés aux enfants selon leurs goûts et leurs envies en lien avec l’exposition. Visual Descriptions est à destination des malvoyants ou des aveugles, mais aussi aux novices en matière d’art. Le narrateur décrit avec une grande précision les compositions avec une langue particulièrement vivante.

Une autre entreprise remarquable est celle du Musée d’Art Moderne de San Francisco. Elle a demandé à un artiste de composer une œuvre musicale spécialement pour sa baladodiffusion. Elle peut ainsi prétendre proposer une musique d’ambiance véritablement adaptée à son exposition.

La baladodiffusion se révèle être un moyen intéressant d’aller à la rencontre de son public en le transportant par le biais de divers contenus auditifs vers l’objet de son exposition. Le visiteur peut personnaliser toujours plus sa visite selon ses envies et garder, tout en ayant quitter le musée, la version audio de son expérience.

Yves Exbrayat

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