Les musées en plein air : la culture à la portée de tous.

Cliquetis de côte de maille, hennissement des chevaux, odeur du foin fraîchement retourné.

Cette liste vous donne envie d’enfiler votre armure, d’aller vous frotter aux vils envahisseurs et de franchir un pont-levis ? C’est normal ! Vous venez de ressentir ce que l’on peut éventuellement éprouver devant des spectacles médiévaux tout droit sortis d’un livre d’histoire. Un film, une pièce de théâtre ? Non, une reconstitution. Par exemple, c’est au cœur de la cité fortifiée d’Aigues-Mortes dans le Gard que nous pouvons assister, à la fin du mois d’août de chaque année, à une véritable vie médiévale ponctuée de défilés, de joutes et de démonstrations de dextérité à l’épée lors des fêtes de la Saint-Louis.

Costumes, animaux, armes, tous ces éléments sont rassemblés afin de projeter le spectateur dans une époque lointaine et révolue et le renseigner sur les habitudes, les traditions, les coutumes… En somme la vie courante des habitants d’antan. Simple spectacle ? Oui, mais pas que. Les fêtes de la Saint-Louis font partie d’une forme éducative atypique et encore peu connue : les musées en plein air. Reconstitutions, jeux de rôle grandeur nature, parcs d’attractions, villages-musées, musées de mémoire… Les musées en plein air peuvent prendre bien des formes.

Les Reconstitutions et jeux grandeur nature

Reconstitution Seconde Guerre Mondiale

Reconstitution historique Seconde Guerre Mondiale

Beaucoup de reconstitutions (liste consultable ici : ) se déroulent chaque année et de nombreuses associations existent pour recréer ces évènements historiques, non seulement en les jouant, mais également en recréant les costumes, armes ou accessoires au moindre détail.

Guerre d’Indépendance, conquêtes napoléoniennes, première et seconde guerres mondiales. Presque toutes les grandes batailles de notre histoire ont eu droit, un jour ou l’autre, à leur représentation.

Ces évènements font preuve d’un certain réalisme dans la mesure où les acteurs se battent vraiment, en essayant d’être le plus crédible possible. Un tel spectacle a l’avantage de marquer les esprits et de bien faire comprendre aux spectateurs les tenants et aboutissants ainsi que les belligérants de telle ou telle bataille.

En effet, parfois, les cours d’histoire de collège ou lycée, s’ils se veulent les plus exhaustifs possibles, s’avèrent souvent trop synthétiques et ne prennent pas le temps de s’arrêter sur tous les détails d’un conflit. Beaucoup d’élèves ne savent parfois pas pour qui et pourquoi telles ou telles factions se sont battues.

Ces évènements font ainsi appel au devoir de mémoire. Ainsi, la période 1939- 1945 y est particulièrement représentée. Ces reconstitutions d’époque avec des uniformes recréés ou simplement retouchés, permettent de se souvenir. En effet, quoi de mieux pour ne pas oublier, qu’assister à un évènement que l’on aurait vu de ses propres yeux ?

Jeu de rôle grandeur nature

Soulignons au passage un autre type d’immersion : les jeux de rôle Grandeur Nature (ou GN). Durant ces sessions durant généralement toute une journée ou plusieurs jours, les joueurs revêtent des costumes d’époque, souvent réalisés par leurs soins avec un souci d’authenticité remarquable (en utilisant des matières naturelles comme le lin pour souligner l’aspect historique et ancien).

Ils vivent, pendant ces GN le quotidien des habitants d’une époque donnée, majoritairement médiévale. Ils se projettent eux-mêmes dans cette époque, non pas dans le seul but de jouer mais également pour recréer, à leur manière, le passé pour mieux le comprendre.

Les parcs d’attractions et reconstitutions de villages en plein air

Tout comme les reconstitutions et jeux grandeurs nature, Les parcs d’attractions ne sont parfois pas en reste en tant que musées en plein air.

Futuroscope

Pavillon du Futuroscope

Par exemple, le Futuroscope, près de Poitiers dans la Vienne immerge le visiteur en extérieur grâce à des bâtiments architecturalement impressionnants et innovants tel que le pavillon du Futuroscope (sorte de pyramide ornée d’une boule) ou L’Imax 3D Dynamique (bâtiment de cinéma Imax dont l’extérieur est en verre). Il immerge également le visiteur en intérieur grâce à la technologie 3D et Imax. Le public y est plongé dans un univers virtuel qu’il peut presque toucher.

Puy du fou

Puy du Fou

Un autre parc d’attraction allie à la fois reconstitution et musée en plein air : le Puy du Fou en Vendée. Entièrement médiéval, il propose des spectacles relativement réalistes et réussit à recréer une époque révolue. Très cinématographique dans les mises en scène, chaque spectacle possède des effets de pyrotechnie et de lumière pour impressionner et convaincre le spectateur.

Le Puy du Fou est donc en cela un parc d’attraction mais également un musée en plein air dans la mesure où il traite des réalités d’une époque lointaine avec des costumes, des métiers ou des activités d’époques. Le visiteur y apprend en s’amusant, ou tout du moins en oubliant qu’il apprend. Ces parcs à thèmes offrent une méthode éducative originale à l’instar d’un vrai musée qui reste bien plus studieux.

Les villages-musées

Dans un sondage mis en ligne pour préparer cet article, 95% des sondés estiment que le côté ludique, spectaculaire voire théâtral d’une mise en scène historique, d’une bataille ou d’un village-musée attise plus l’intérêt du public que les musées traditionnels et incite les plus jeunes à renouer avec les musées.

C’est majoritairement les sentiments d’immersion et d’implication qui sont mis en exergue, le fait que le spectateur devienne actif étant particulièrement apprécié. Ce principe d’immersion participe à rendre la visite peut-être plus personnelle, plus intime, dans la mesure où il y a un vrai échange entre l’endroit ou l’objet et la personne qui le regarde. Cela peut se vérifier plus particulièrement dans les villages-musées.

Musée Den Gamle By

Musée Den Gamle By

Par exemple, en Scandinavie, le musée-village danois « Den Gamle By » (qui signifie littéralement « La veille ville ») a ouvert en 1908.

Le visiteur peut s’y balader à sa guise dans un environnement plus vrai que nature composé de 75 maisons qui peuvent hypothétiquement accueillir une population de plus de 700 personnes. Des rues, jardins et bâtiments entiers (pierres et fondations) ont été récupérés dans 20 villes danoises différentes et réassemblés dans ce musée atypique. Le visiteur peut ainsi s’y promener, errant dans des rues et des bâtiments composés de meubles et de décorations d’origine retraçant une période allant de 1550 jusqu’au milieu du 20e siècle.

Pour couronner le tout, des acteurs sont présents pour jouer le rôle d’habitants ou commerçants que vous croiserez l’air de rien au détour d’une rue ou dans une maison. Vous pourrez ainsi partager le souper avec eux ou acheter des produits du terroir local en parlant des actualités de l’époque. Ils insufflent à l’endroit un aspect vivant et crédible en plus d’être formés historiquement à recréer fidèlement un contexte et les traditions d’antan via la teneur de leurs discussions (en danois ou anglais). Dépaysement garanti !

Dans la même veine, le Norsk Folkemuseum (« musée Norvégien de l’histoire culturelle ») situé près d’Oslo et ouvert en 1884 comprend aujourd’hui plus de 150 bâtiments qui retracent une période s’étalant du 16e siècle à aujourd’hui.

Sur une surface gigantesque de 140km² dont 27km² consacrés aux seuls intérieurs, il est possible de s’y balader dans des rues et bâtiments d’époque, décorés de près de 160.000 objets exposés tout au long de l’année.

Ces artefacts retracent l’histoire norvégienne mais également la culture Sámi (ou Lapon), peuple autochtone présent en Norvège, Suède, Finlande et Russie.

Il est également courant de trouver au Norsk Folkemuseum des expositions, permanentes ou temporaires, qui permettent de retracer l’histoire du pays aux travers de jouets, vêtements d’époques ou autres objets.

Le sud de l’Europe possède également quelques lieux similaires à l’image du Musée de Plein Air de Villeneuve d’Ascq, dans le nord de la France.

Crée en 1990 par l’association Monique, du nom de la fondatrice du projet Monique Teneur-Vandaele, ce musée de 15 hectares comprend une collection de 20 bâtiments venant du nord de la France et de la Belgique, notamment des régions de Flandre, Artois, Picardie et Hainaut.

Aujourd’hui demeure d’artisans désireux de partager leur savoir-faire, ces bâtisses sauvées de la démolition ont été démontées et remontées avec l’aide de jeunes en réinsertion professionnelle, et sont autant de témoignages du passé.

Musée Suisse de l'habitat rural Ballenberg

Musée Suisse de l’habitat rural Ballenberg

Plus au sud est, le Musée Suisse de l’habitat rural Ballenberg situé à Brienzwiler, au centre du pays propose plus de 100 maisons et fermes d’époque couvrant une superficie de 660km². Ce regroupement d’habitations retrace le passé architectural du pays. Les demeures, rues et jardins reconstitués racontent une histoire s’étalant du 14e au 19e siècle. Presque tous les cantons que compte la Suisse (26 au total) sont représentés.

Inauguré en 1978, des milliers de visiteurs y viennent d’avril à octobre pour contempler ces maisons et objets sauvegardés provenant de tout le pays, des Grisons aux Alpes Suisses.

A l’autre bout de la planète, il est également possible de trouver des lieux où l’emprise du temps ne semble pas avoir fait effet.

Au Japon, le Hida Minzoku Mura Folk Village, musée en plein air composé de 30 fermes et situé dans les montagnes à proximité de la ville de Takayama près de Kyoto, est un autre exemple de restauration et conservation de bâtiments.

Ici aussi, des artisans vivent à l’année et présentent leur savoir-faire aux visiteurs, tels que la sculpture sur bois ou la fabrication de paniers de paille.

Les musées de mémoires

Les musées sont, en règle générale une manière de se rappeler de notre histoire. Qu’elle soit glorieuse ou honteuse.

Mais certains lieux servent également de piqûre de rappel des horreurs passées: les musées de mémoires. Ainsi, transformer en musée des lieux qui ont parfois abrité l’horreur permet de prendre parfois la mesure des tragédies d’antan.

Auschwitz

Auschwitz

En Pologne, le tristement célèbre camp de concentration Auschwitz Birkenau en est l’exemple le plus marquant. Le musée national Auschwitz-Birkenau fondé en 1947 raconte les conditions de vie particulièrement atroces du camp pendant ces années de fonctionnement entre avril 1940 et janvier 1945 où plus d’un million de personnes perdirent la vie.

Héritage Polonais mais également lieu de mémoire pour tous les pays et les peuples qui y perdirent des ressortissants, le musée national Auschwitz-Birkenau est financé à 15% par des fonds européens et chaque pays d’origine des victimes à droit à une exposition nationale permanente dans le musée.

Moins traumatisant dans la mémoire collective mais également lieu d’importance, une des attractions les plus connues de la côte ouest des Etats-Unis est un endroit bien atypique : une prison. Et pas n’importe quelle prison puisque ce centre carcéral est probablement le plus connu au monde : Alcatraz. Ouvert en 1933, Alcatraz aura été la demeure de dangereux criminels américains dont le célèbre gangster Al Capone.


Alcatraz

Alcatraz

Fermée en 1963 à cause d’un coût de gestion trop important, la prison s’est transformée depuis en musée accueillant chaque année plus d’un million de visiteurs.

Ces touristes peuvent y découvrir les dures conditions carcérales des prisonniers ainsi que plusieurs objets retraçant la vie sur l’île et la prison avant sa fermeture. L’aspect divertissant du lieu ne détériore pas l’information mais permet de la transmettre d’une façon plus ludique et peut-être plus attirante pour les spectateurs, en particulier les plus jeunes.

Musées en plein air ou musées traditionnels ?

Qu’ils prennent la forme de reconstitution historique, de jeux de rôle grandeur nature, de parcs d’attraction, de villages-musées ou de lieu de mémoire géant, les musées en plein air laissent généralement un souvenir plus marquant que les musées traditionnels.

Grâce à une réelle interaction entre le visiteur et son environnement, parfois ludique, parfois troublante voir traumatisante, ces endroits laissent rarement indifférents et sont peut-être la solution que les parents attendaient pour que leurs enfants s’intéressent enfin aux musées.

Néanmoins, les musées plus traditionnels se consacrent entièrement à un art, une science ou un thème bien concret en s’autorisant rarement des écarts fictionnels comme peuvent parfois se le permettre des musées en plein air.

Plus studieux, ils ne cherchent qu’à présenter la vérité et sous un air parfois austère voir décourageant pour un public néophyte, ils n’en sont finalement que plus indispensables.

Jérémy Bellessa & Justine Even