Mon quartier, mon œuvre

Plusieurs conteneurs se baladent dans les quartiers du bassin de Séon à Marseille depuis deux ans. Ils s’installent sur une place, ouvrent leur ventre métallique et l’exposition peut commencer. Les habitants, petits et grands, s’activent autour des structures pour regarder, photographier les objets présentés mais également pour construire et bricoler collectivement avec un point de mire commun, un musée qui leur ressemble, un musée qui parle de LEUR culture.

Les visiteurs peuvent observer la carte affichée à l’extérieur du conteneur

Le Musée nomade du quotidien à Marseille a deux ambitions. On peut même dire que son existence a une vocation : rapprocher les cultures entre elles pour faire émerger un sentiment d’appartenance commun chez les habitants du quartier.

Dans ce contexte, on appréhende le mot « culture » dans sa globalité, pas simplement réduite au domaine artistique. Ainsi, cette culture n’est pas dédiée à une élite minoritaire. Bien au contraire, elle est affaire de tous. La culture est la résultante d’un groupe de personnes qui partage des marques et une volonté communes. Cette culture là nait donc de la participation de tous, selon ses origines, son vécu, sa vision, sa sensibilité vis-à-vis d’un territoire.

L’argent ne fait pas la culture

C’est pourquoi le Musée nomade du quotidien circule dans le bassin de Séon, au nord-ouest de Marseille. En effet, depuis des décennies, cet espace est un point de chute pour les migrants du bassin méditerranéen. Beaucoup ont trouvé une terre d’accueil plus ou moins hospitalière et ont apporté leurs bras à la communauté des travailleurs et des Marseillais. Ils ont également amené leurs singularités culturelles et les ont fait évolué au fil du temps et des rencontres au sein de ces quartiers phocéens.

Photos des habitants replacées sur la carte du bassin de Séon

Mais un lieu, un édifice pour rassembler leur culture, il n’y en avait pas. Avec un taux de chômage d’environ 30%, le bassin de Séon est loin des musées, des expositions… Une barrière géographique et culturelle qui exclut les habitants et génère un repli dans chaque communauté culturelle.

Le territoire du bassin de Séon a tout de même des choses à raconter. Il a emmagasiné un nombre inestimable de passages humains. Il est comme un disque dur, qui conserve en mémoire les traces des hommes, de leurs activités, de leurs évolutions. Il était important de montrer cette histoire aux habitants et de leur donner la possibilité d’être acteur de leur vécu.

Il s’agit ainsi de mettre en lumière ce qui fait société dans cet espace, ce qui relie ces hommes aux origines et aux histoires pourtant singulières.

Une expo-photos à l’intérieur d’un conteneur

“Mettre de l’huile”

Les initiateurs du Musée nomade du quotidien, Jeff, Jean-Marie et Ali, se décrivent comme des échantillons des diverses cultures qui peuplent Marseille et qui se reconnaissent marseillais avant d’être français. Originaires du bassin de Séon, ils ont voulu mettre à profit leur vécu, leurs expériences pour inciter les gens à se rencontrer et, par la suite, écrire une histoire commune.

Entre photos en noir et blanc, vieilles d’une cinquante d’années, et films retraçant l’histoire du quartier, les gens discutent et échangent des anecdotes (à la manière du musée mobile de la RNE, qui raconte l’histoire proche). Les jeunes sont aussi captivés par les changements qu’ils observent sur ces images d’un autre temps.

Les fondations sont posées. Il faut maintenant construire dessus. Et les habitants donnent un coup de main en bricolant des présentoirs, supports pour leur propre histoire.

Tiphaine Gault

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